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42 ans plus tôt (solo - première partie - fini)

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Nous sommes en 2017. Le jeune Edwyn Toomes est alors au cœur de l'adolescence et déjà il a un physique musculeux, malgré la calvitie qui l'accable il est encore dans les rares années où il peut prétendre plaire aux filles. Le jeune homme entre dans le large bâtiment de pierre. On lui a dit qu'autrefois c'était un tribunal. Ou une bibliothèque, il ne sait plus. Ces deux mots n'ont plus aucun sens dans l'anglais moderne d'Amerika. Autrement cela doit être issu d'un dialecte citadin, un argot qu'il ne comprend pas. Il se souvient que sa mère avait tenté de lui expliquer l'un ou l'autre de ces mots, à l'époque où ils étaient encore connus, peu après leur obsolescence mais alors qu'Eddy était encore trop jeune pour tout comprendre.

L'édifice arbore les armes noires et blanches du drapeau présidentiel, avec la fameuse croix gammée noire sur fond blanc. Au milieu des édifices de verre et d'acier dédiés à la consommation, cette enclave de blocs de pierre et d'étendards semble comme hors de propos. Edwyn pressent quelque chose de la puissance d'une telle institution pour qu'elle ait droit de tenue ici. D'ailleurs, ce sentiment n'est pas le seul fruit de son intelligence, mais plutôt de la raison même qui l'amenait en ces lieux si peu familiers.

Alors qu'il franchit les marches du large édifice minéral, saisi de sursauts à chaque sirène de milice ou bruit de circulation réglée et saturée, Edwyn Toomes, 13 ans, frissonne à l'idée du courage dont il doit se munir. Il vient, quelques années déjà après la Nuit des Longs Cristaux, celle qui changea le visage du pays (parait-il) pour réclamer l'héritage de son sang. Le petit-fils de l'amer Vautour est en effet prêt à réclamer ce qui lui revient de droit. Il sait que ces gens du gouvernement ne sont pas du genre à faire des cadeaux. Leur révolution a été sanglante et destructrice. Par leur faute, il vivait dans un monde américain sans unité ; un monde sans aucune lueur d'espoir. Pourtant, dans ce monde qu'ils avaient créé, on ne pouvait qu'espérer. Il semblait qu'on était déjà tombé bien trop bas pour le désespoir. La vie n'avait rien d'une sinécure mais il n'y avait plus ni crise économique, ni dépression morale des américains. Cela aurait été comme imaginer qu'une poule puisse avoir mal aux dents. Rien en effet ne présageait d'une amélioration, donc tous les fantasmes étaient bons.

Pour Edwyn, c'était les récits d'un grand-père adepte de la haute voltige. Non pas que le Vautour ait pu raconter ses aventures à son petit-fils de son vivant. Mais la mère d'Eddie avait parfois eu le malheur de parler des activités de bon-papa, ce qui lui valait invariablement un déchaînement de questions. Le jeune garçon avait alors les yeux brillants et malgré ses cheveux clairsemés, sa maman cédait à chaque fois à sa tête blonde. Edwyn Toomes savait que son grand-père paternel avait été un super-vilain, c'est-à-dire qu'il était de la même classe que les hommes qui dirigeaient désormais le continent Nord-américain. Il utilisait un costume qui lui permettait de se hisser au même niveau que Magneto, les Banner, ou même ce mystérieux Président qui devait s'enfiler des tas de Rapture tous les jours pour avoir la forme d'un super-soldat. Sa maman lui avait toujours refusé de boire du Rapture. Déjà parce que c'est cher, et en plus c'est pas bon pour ta santé. Ah bon. Mais en contrepartie, elle lui avait promis que quand il serait grand, il pourrait récupérer le matériel de son grand-père.

On y était, et il était de constitution assez solide pour partir en quête de ces mystérieuses reliques d'un aïeul glorieux lors de sa treizième année, en traversant le pays de Fatalis et la vieille carcasse de géant qui permettait d'accéder à New York. Il avait donc embrassé sa mère avant son départ, rassemblé ses économies et il était dans ce grand bâtiment à l'allure froide des vieilles pierres. Une femme, sans aucun doute une employée de l'Etat, marcha vers lui en avançant sur des pas courts et rapides, ce qui avait un petit air comique. Il se demanda si toutes les femmes de la ville avaient la même démarche ou si c'était unique. Celle-ci lui adressa la parole d'une voix assez grave et rythmée :

"Vous avez rendez-vous, jeune homme?"
Ce à quoi Edwyn ne sut pas répondre, interdit. Il n'avait pas imaginé qu'il faille anticiper sa venue, et voyait encore moins comment il aurait bien pu faire. Envoyer quelqu'un en messager? Mais alors, où celui-ci serait-il allé pour l'annoncer? Fallait-il un émissaire pour annoncer le messager? Non, il ne voyait pas, et puis c'était la première fois qu'il venait donc il ne pouvait pas avoir pris de date à l'avance avec les concernés. S'il venait, c'était pour une raison unique et ponctuelle, il voulait récupérer le costume du Vautour.

"Non, mais je viens pour quelque chose de précis. En fait, même, d'unique."

"Oh, ah bon. Mais, pardonnez-moi. Bonjour, Monsieur. Que désirez-vous?"


Edwyn avait la vague impression que l'on se moquait de lui, mais il avait expérimenté les coutumes différentes en passant par l'Aire. Il secoua la tête et se dit que c'était juste sa manière à elle de se comporter, bien que ce soit très perturbant.

"Non, excusez-moi, il n'est pas possible de savoir où sont les objets d'avant?"

La fonctionnaire ne paraissait pas comprendre ce qu'il souhaitait, ce qui le mit plus encore dans l'embarras et la confusion. Edwyn n'avait pas fait tous ces kilomètres pour se retrouver face à la barrière du langage et du protocole. Il fut vexé de remarquer qu'il commençait à y avoir une certaine file d'attente derrière lui, et que les gens s'impatientaient. D'une démarche maladroite, il alla s'asseoir en rassemblant avec lui ses affaires. Cela ne tournait pas rond. Tout s'était pourtant bien passé jusque-là. Il attendit, le regard vide et les pensées confuses, que la queue se réduise, puis disparaisse. Il se rua de nouveau vers la femme et son petit comptoir en teck. Apparemment, il n'y avait pas tant de gens qui venaient pour des doléances. Il la regarda dans les yeux, et mit une bonne minute avant de sortir quelques mots.

"Mon grand-père était le Vautour."

La réceptionniste était manifestement ignorante des péripéties qui avaient bercé son enfance. Elle avait un tic nerveux au coin de l'oeil qui montrait son irritation.

"Ecoutez, je ne comprends pas. C'est un artiste ? Un sportif ? Je ne sais pas, dites-moi un peu."

Edwyn ferma les paupières pour ne pas montrer qu'il levait les yeux au ciel. Non mais n'importe quoi. Mais le pire, c'est qu'il était tout à fait incapable d'expliquer ce qu'était ou avait pu être un super-vilain. Il réalisa alors que sa mère avait été fort habile en lui contant ses histoires, puisqu'il était bien incapable de dire ce qu'étaient ces dirigeants ou cet ancêtre si particuliers.

"... Bon. Je ne sais pas. Non, rien de tout ça. Enfin je crois. Il était comme... "
il baissa la voix, comme par peur de dire une énormité, "comme Fatalis, et Magneto aussi, ou bien un peu comme Pot-de-Colle."

Apparemment, cela avait produit son effet. L'hôtesse d'accueil était impressionnée, pour autant que puissent le dire ses iris dilatées et sa mâchoire tendue. Elle sembla parler toute seule un instant, puis l'invita à aller patienter. Il se rassit, avec son sac sur les genoux. Quelques instants plus tard une autre hôtesse l'invita à aller s'asseoir dans un salon d'attente nettement plus luxueux, où deux autres hommes semblaient attendre eux aussi chacun pour un rendez-vous important. Pour autant qu'il puisse en juger, ces hommes-là n'avaient pas la conscience tranquille, mais il ne pouvait pas se voir lui-même, et pourtant il était presque sûr d'avoir l'air plus stressé que les deux réunis. Une minute ou deux seulement passèrent avant que la seconde hôtesse ne revienne le quérir, un air absolument désolé plaqué sur le visage. Elle semblait s'atermoyer sur le fait que c'était une erreur, et le conduisit finalement dans un autre salon, plus moderne où il serait résolument seul durant les vingt minutes qui suivirent.

C'est alors qu'un homme au costume frappé d'un aigle au bouclier entra avec un air de conspirateur, et lui donna rendez-vous le soir-même, dans un lieu pour le moins improbable.

"Retrouvez-moi cette nuit, au cimetière. Je saurai vous trouver. N'oubliez pas, à onze heures. Au revoir." Aussitôt, l'homme repartit comme il était entré, et le jeune Toomes se dit que cela devait vraiment être un agent secret, vu qu'il était incapable de redire ne serait-ce qu'un seul trait physique qui le caractérise. Il venait d'entrer dans l'univers parallèle de l'administration en poste.

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