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Disparitions pour l'Œil Invisible (solo RP d'introduction)

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"La société et la science ont tellement baigné dans les idées du mécanisme, de l'utilitarisme et de la libre concurrence économique, que la sélection a remplacé Dieu comme ultime réalité."
Arthur Koestler


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23h46.
Le haut-commissaire Matthäus Schmidt est encore au travail, et cela ne lui plait guère. Il avale le contenu de deux canettes de bière de mauvaise qualité en une seule goulée. Un rot disgracieux s'échappe de sa gorge décharnée. Il soupire, et peste contre le système. Tenu à des résultats impeccables, Matt s'est évidemment emparé de l'affaire, qu'il a suivi depuis un certain temps. Lorsqu'il a réalisé que les services subalternes n'ont su isoler le problème, il s'est chargé de régler le problème, puisqu'il en va de son autorité. Il jure et rêve d'un monde où l'Œil Public n'aurait pas à être vendu comme un produit de consommation. Dans ce cauchemar de citoyen commun, il n'y a pas de service d'assurance protection pour les citoyens prêts à payer un impôt supplémentaire sous la forme d'un contrat exorbitant. D'après son père lui-même, un état fort n'a pas à se justifier, et ne devrait avoir qu'à se protéger du peuple qu'il soumet. Et le fils ne peut qu'approuver. Mais Johann Schmidt lui a donné ce poste et les modalités n'en sont que le signe d'un monde incontrôlé où nul n'est maître absolu.
Matt Schmidt travaille en tant que dirigeant de ce qui est connu de la populace générale sous le nom d'OEil Public ; et qui, d'après une définition plus cynique et correcte, serait plutôt l'organe d'état de surveillance de tout ce qui peut être filmé sur mini-disc Pixel. Cela fait bientôt sept ans qu'il y officie au poste le plus élevé, en tant que Haut Commissaire d'état, et il ne se montre pas sans talent.

Un homme grand, élancé, tout en muscles, affublé d'un léger bedon de buveur de bière, le corps couvert de peintures et de tatouages, il montre des convictions qui représentent bien l'ère en cours sur la côte est des ex-états unis d'amérique. Du moins, pour la caste dirigeante et ses opinions unilatérales. Ses mains sont larges et comme sorties d'un dessin surnaturel : rien n'y semble hors de sa place, et pourtant il semble que des milliers de détails ne soient pas comme il faut. Ses ongles sont coupés courts, et ses veines saillantes battent la mesure d'un rythme plus qu'infernal pour une cité qui n'a plus le goût de s'arrêter. Une radiographie des poumons ou de l'ossature montrerait un système dans une santé si parfaite que rien ne peut justifier un corps aussi préservé. Seul, un visage rouge et décharné trahit de manière univoque sa nature de monstre de foire converti depuis le ventre de sa mère à l'exploitation de la société humaine. Ses yeux bleus vifs sautent d'un détail à l'autre alors qu'il se penche avec intérêt et regret dans chaque repli de l'enquête.

Un nombre croissant d'hommes et de femmes sans aucun rapport apparent entre eux disparaissaient selon le mode opératoire d'un individu ou groupe apparemment similaire, et dont l'héritier Schmidt ne trouvait pas plus les corélations que ses agents d'ordre inférieur. Malheureusement pour lui, ce qui aurait pu demeurer une simple ribambelle de faits divers sans grande importance ni impact médiatique, concernait pour trois des cas, des personnes assez aisées et sages pour avoir contracté une protection de l'OEil Public. Car, otons ce doute de suite, la conscience morale ou professionnelle n'était pas le fort des services de la surveillance de New Babylon ou de Matthäus Schmidt. L'on se fichait royalement de ce qui pouvait arriver à la lie qui vivait tant bien que mal sur le littoral étendu d'Amerika, excepté lorsqu'une clause liait des parties. Et notre dignitaire sentait les siennes se resserrer à l'idée que ces stupides contrats lui laissent un mystère sur les bras pour des citoyens payant les services.

Jennah Aaronson, Fred Nord et un vieillard du nom de Hector Rendoza avaient disparu, tout comme une vingtaine d'autres dans le secteur. A priori aucun contact entre eux ni avec les autres disparus. Le seul lien était un homme, dont Matt ne parvenait jamais à distinguer le visage. Il repassait sur un mur à écrans tous les films de surveillance de la ville depuis des semaines en accéléré pour retrouver la trace de cette silhouette au chapeau. Le seul détail qui lui avait permis de relier avec certitude les affaires, c'était cette ombre et un tatouage au poignet qui revenait sur certaines images. Grâce au cyber-lien, il a lancé une recherche sur les réseaux sécurisés du SHIELD, du HAMMER, de l'ONE, du SWORD et même de l'ARMOR. Ce signe distinctif était mal documenté, voire pas du tout. Car en dépit d'un acharnement tout professionnel, il ne trouvait rien.

De dépit, il jeta ses boîtes métalliques de bière par terre. Il savait que la femme de chambre allait s'occuper de débarrasser dès qu'il aurait le dos tourné. Alors, il se lève et tourne le dos à sa table de travail. Derrière, se trouve un de ses murs d'écrans. Baignant dans la lumière tamisée de sa lampe de bureau et des multiples projections de caméras de sécurité, son visage brille d'un rouge opaque. Malgré tous les moyens à sa disposition, il ne parvient pas à isoler le sujet ou à remonter sa piste par la raison. Il se contente alors de regarder une femme qui n'a pas pactisé avec l'OEil Public se faire violer dans une ruelle de la ville haute habituellement utilisée pour la maintenance. Il scrute attentivement, sans transmettre aucune alerte. Il attend de voir si quelqu'un dans ce monde pourri va appeler les autorités. Tout le monde sait ce qui arrive aux violeurs, dans la mégalopole. Bien que le Président et ses services comptent grandement sur la délation, rien ne vaut un contrat quand l'humain ne se sent pas assez blanc pour la justice implacable d'Est-Amérika. L'esprit engourdi du Herr Schmidt attendit de s'être passé toute la scène dans ses détails les plus sordides avant de se rappeler que c'était un enregistrement. Il avait des centaines de milliers d'enregistrement qui se repassaient dans toutes les salles de visio. Il se saisit de son communicateur, brusquement, et demanda d'une voix fruste à ses agents s'ils avaient trouvé quoi que ce soit. La réponse était la même sur chaque fréquence.

"Négatif, Eye-Cross. Continuons les recherches."

Matthaüs, plus encore que par son échec à déceler quoi que ce soit de plus, était irrité par l'incompétence manifeste de son personnel. Ils n'y parvenaient pas plus que lui, alors qu'ils étaient une dizaine sur l'affaire. C'était mathématiquement inacceptable. Demain, l'un d'entre eux au hasard allait être fusillé par ses propres collaborateurs. Sous le regard dégoûté de code Eye-Cross, qui ne profiterait pas du spectacle tant cela le minait.

12h15.
Matt revenait de la salle de l'exécution. Telle était sa loi, les têtes devaient tomber quand il y avait manque d'efficacité. Même si, une pensée sombre vint à lui, ce devrait bientôt être la sienne s'il ne parvenait pas à régler ce problème des disparitions. Il aurait très bien pu étouffer l'affaire, et personne n'en aurait rien su. Mais il était maintenant trop tard. Il avait fait un enjeu personnel de cette enquête de l'homme tatoué. Le soir même, il devait assister à une soirée au Ciel. Il avait essayé de le déplacer, mais il se faisait un devoir de faire un dîner avec les élites au moins une fois toutes les deux semaines. Il savait qu'il était dans le renseignement, qu'il était celui qui voyait tout. Et ils devaient avoir peur de lui, et s'habituer à lui juste assez. C'était ce qu'il s'était dit, et il s'y tenait depuis la demi-douzaine d'années qu'il était en poste. De plus, c'était un devoir imposé par sa supériorité génétique de leur rappeler qu'ils lui étaient inférieurs. Mais cela le barbait. Il n'avait aucune envie de se taper un dîner au Ciel dans l'humeur où il était. Il ne voulait pas leur montrer son agacement, sa faiblesse, ses pertes de vitesse. Il mâchonna le bout d'un cigare. Cela ne faisait pas habituellement partie de ses vices, le tabac, sauf dans les bars ; mais il avait trouvé des boîtes entières sur le poste du surveillant de caméras qui venait d'être fusillé (Bob, ou quelque chose comme ça). Il remarqua que mâcher les cigares le calmait. Alors, il mastiquait, machinalement, et surtout sans s'arrêter. Il allait se rendre au HAMMER pour plus d'informations. Souvent, les tatouages avaient des implications idéologiques voire mystiques, comme les siens. Il avait l'intuition que cela allait se dénouer aujourd'hui, que quelqu'un allait lui donner la solution.

Il allait y aller. Vraiment. Il le ferait. Mais là, il avait besoin de quelque chose d'un peu différent. Un truc extérieur au boulot. Il éteignit son communicateur, brâilla un "qu'on ne me dérange pas !" et sortit de sa poche de jean's un téléphone portable. Il chercha rapidement dans les contacts et entendit rapidement une tonalité. Oui, il faisait partie des rares élus à avoir accès au cyberlien par relais de portables. Et cela n'était pas sans être dû à quelques cyberpathes séquestrés dans les sous-sols du bâtiment. Bientôt, à l'autre bout du fil, une voix rauque se fit entendre.

"Allô, Doc ? C'est Matt là. 'Tain, pardonne le jeu de mot, mais je suis d'humeur Sinistre. Oui je sais, normalement c'est toi. Raconte-moi une bonne histoire d'arme bactériologique pour me changer le moral."

"Quoi? Non?! Il a osé ? Quel **** ! Tu l'as fait tuer j'espère ? Non, sérieux ?"

"'Tain, con, j'en peux plus je suis sur un coup que j'arrive pas à résoudre... Ce soir, non, je vais au Ciel... Ouais je sais... Bon, on s'en fout, on se voit après. Un bar quelconque, choisis. Je veux tabasser du monde, ce soir."

Il raccroche, non sans une certaine nervosité. Il ne prévient pas qu'on peut à nouveau le déranger. En fait, il va aller dans sa suite pour choisir sa tenue pour ce soir. Ou plutôt, ses tenues. Quelque chose d'habillé pour le restau, puis, pour aller dans un rade pourri picoler et casser des genoux, des fringues dans lesquelles il serait à l'aise, qui ne craignent pas les taches de sang.

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"L'individu qui pense contre la société qui dort, voilà l'histoire éternelle, et le printemps aura toujours le même hiver à vaincre."
Emile-Auguste Chartier, dit Alain


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14h47.
Matthaüs Schmidt, haut-commissaire du peuple à la surveillance bienveillante, s'endort pour la plus longue durée depuis une semaine. Il ne se réveillera qu'à 19h12 pour réaliser qu'il n'a pas un instant à perdre. En attendant, il dort, semble-t-il du sommeil du juste. Il exécute son devoir et parfois son devoir est d'exécuter. Quoi de plus juste en somme. Pendant ce temps, sa femme de service nettoie son bureau de fonctions, ainsi que sa table de travail. Ses hommes continuent de se relayer en repassant des disques et des disques de film enregistré. Personne ne sait que, tandis que l'on s'acharne à surveiller ce qui est déjà arrivé, de nouvelles disparitions ont lieu. Chaque matin, le bilan tombe et on apprend que le nombre a augmenté. Cela avait été l'occasion ce matin d'annoncer qu'une sanction disciplinaire était prise pour qu'une tête tombe pour ce nouvel échec. Littéralement. Tôt ou tard, on saurait ce qui s'était passé. Tôt ou tard. On le saurait. Mais à quel prix ? Car plus ce moment se faisait attendre, plus il était évident qu'il serait alors trop tard. Bien trop tard. Et code:Eye-Cross défoulerait sa frustration sur des clochards et des fonctionnaires, pour mieux pouvoir s'assoupir d'un sommeil imperturbable. L'un des employés des bureaux avait récemment perdu un cousin des mains de Schmidt Jr. et sa bande de punks. Il avait décidé en se rasant qu'il devait faire quelque chose. Avant d'avoir atteint la suite personnelle du haut-commissaire, il serait tué à vue par un des gardes du building. Matt Schmidt n'avait pas d'ennemis. Seulement des martyrs et des souffre-douleurs.

19h30.

Matt rejoint les bureaux de l'Œil Public. Il signale à sa secrétaire qu'il en a fini pour la journée et descend au garage. Après avoir brièvement arpenté le parking souterrain, il aperçoit le coin de l'aile de son véhicule préféré. Bien sûr elle est exactement à sa place, comme toute chose dans l'administration d'Amérika. Et plus encore parmi les possession de la famille présidentielle. Autant dire qu'en tant que fils chéri du Président Schmidt, Matt a tout ce qu'il veut, et tout ce qu'il demande il l'obtient. Voici sa traction rouge sang :

C'est au volant de ce véhicule préhistorique mais chargé de toute une ambiance, qu'il se rend jusqu'aux bureaux chargés de mystère et de parfums encensés du HAMMER. L'entrée prend la forme d'un énorme temple destiné à recevoir les donations des fidèles et les sermons des agents de la propagande en soutane de pourpre et d'or. D'énormes bannières aux armoiries du dieu officiel Thor sont pendues sur la façade, représentant toutes l'énorme marteau de pierre et de cuir qui se situe aujourd'hui à Hammer Falls, entouré de dessins de créatures légendaires et de runes aux significations perdues depuis longtemps. En y jetant un coup d'oeil sans illusions, il se félicite des caméras installées dans et autour de l'édifice, impossible à repérer même pour ses yeux aiguisés par plusieurs années de service et des sens métahumains. Se retrouvant immobilisé par le trafic infernal autour du lieu de culte, il se surprend à mémoriser les plaques minéralogiques de ceux qui ont eu le malheur de vouloir passer à la même heure que lui. Rares sont les propriétaires d'automobiles, mais il faut toujours s'attendre à voir une population aisée circuler près du Vatican amérikain. Certains auraient droit à un visionnage attentif de leurs faits et gestes, et s'ils avaient quelque chose à se reprocher, Matt ne tarderait pas à leur faire payer de retarder un bon citoyen de la plus haute société. Il ne supportait pas que des cancrelats lui gâchent la vie, surtout s'ils méritaient de croupir en prison. Subissant une lenteur d'escargot, il roule lentement et péniblement jusqu'à l'entrée de service, autrement dit celle des agents. Seuls les perspicaces et ceux qui ont assez de pouvoir pour vivre longtemps le savent, mais le HAMMER constitue le plus grand service de propagande de tout Amérika, et ce au service du régime de Crâne Rouge lui-même. La Citroën de Matthaüs pénètre lentement dans l'espèce de bouche noire qu'est l'entrée des services sacrés de l'église Thorite. Il laisse son véhicule à un voiturier qui vient se présenter à lui, en aube blanche d'enfant de choeur. La sécurité ici était encore plus forte et le secret défense mieux dissimulé que dans le building de l'Œil Public, dût-il avouer. Le jeune homme ignorait visiblement tout de l'organisation secrète qui siègeait dans l'immeuble derrière sa précieuse cathédrale nordique.

Débarassé temporairement de son véhicule grâce à un croyant zélé, Matthäus entre dans l'ascenseur avec un sourire crispé au coin de la mâchoire. Nul plus que lui ne sait combien il est impardonnable d'échouer. Il en a infligé l'expérience plus d'une fois. Jamais il n'a ressenti de remords. Aujourd'hui, la mort de Bob n'a pas plus de valeur que d'alléger l'équipe du poids de son propre échec. Matt sait qu'il n'avait ni femme, ni enfant. Il ignore comment il le sait ou pourquoi il s'en souvient, mais c'est sa seule certitude. Un homme sans lien affectif dans cette société dure a été fusillé, comme un anonyme. Le plus grand bien prévaut. Pourtant, rien ne permet de soutenir avec certitude l'intuition qu'il trouvera ce qu'il cherche ici, au QG secret du HAMMER. Une institution tellement secrète que des milliers de fidèles décérébrés y vont porter leurs dévotions dans des centaines de paniers paroissiaux. Rien d'autre que le denier du culte alimente le mouvement secret qui vise à renforcer la dominance religieuse qui sied au Président. Il pense un instant à ce qui arriverait si l'agence frappée du signe du Marteau venait à se séparer du gouvernement. Une simple homélie permettrait de mettre fin à l'hégémonie de Crâne Rouge sur les villes modernes. Par ses sermons, l'archevêque en place était capable de déclarer une monarchie de droit divin. Peut-être même finiraient-ils par déclencher une Guerre Sainte pour Hammer Falls et finir d'anéantir le pays. Matt Schmidt se rappelait pourquoi il ne croyait pas à ces conneries Thorites, et ce en particulier parce qu'il savait comment et pourquoi elles fonctionnaient. Il nota aussi pour lui-même de faire surveiller de plus près l'Archevêque et les Lords Cardinaux.

L'écran de l'ascenseur marquait les étages. Arrêt demandé, quatrième étage ; congrégations, scoutisme et symbolismes. Les portes s'ouvrent comme une guillotine à rebours. Le Haut-Commissaire sort et découvre un couloir propre et sinueux. De nombreux bureaux aux petites portes semblables se succèdent à mesure que ses pas le portent. Passant sans un regard devant les Jeunesses Thorites et autres Petites Soeurs d'Asgard, il esquissa un rictus avant de pénétrer le bureau qu'il cherchait.

"Agent Jones, je présume. Nous avons rendez-vous, ma secrétaire vous a contacté. Non, je vous en prie, asseyez-vous."

Manifestement, malgré son insigne qui faisait office de passe-partout, l'autre avait conscience de s'adresser à un officier de l'état-major. Techniquement, Schmidt n'était pas un militaire mais un simple ministre, malgré l'amour de son père pour la carrière en uniforme. Jones était un remplaçant. D'ordinaire, le contact de l'OEil Public aux bureaux du HAMMER en matière de symbolisme était l'agent Stein ; un petit homme gras et adipeux, avec des yeux bleus pâles cachés sous des lunettes épaisses et des sourcils blonds touffus. Il grommelait sans cesse et n'avait pas son pareil pour retrouver un signe mystique que tout le monde avait oublié depuis avant la naissance de son grand-père. C'était un homme d'une quarantaine d'années qui en faisait quinze de plus, et pour qui rien n'avait d'importance sinon rapporter un salaire à la maison pour nourrir sa femme et ses deux petites filles ; pour ça il avait étudié, travaillé dur, enquêté et payé des hommes pour fouiller et interroger les hommes et les pierres. Ca n'avait jamais été une passion, il était juste le meilleur pour être sûr de revenir vivant et avec du fric pour s'occuper de sa famille. Matthäus respectait ça. Il l'avait toujours respecté. Faut-il préciser qu'il n'espionne pas les gens par passion ? Sa seule passion, c'est le régime. Il vivait pour le gouvernement ; et le gouvernement, c'était son père. L'âme de ce régime, c'était sa mère. Une âme damnée, bien entendu. Mais la damnation ne gênait pas Matthäus. Il vivait pour son travail, et lorsqu'il n'y était pas, ce qui ne durait qu'un temps, il travaillait à réserver son propre ticket chez ce vieux Satan, sans l'aide de papa et maman. Ses seuls amis étaient soit dans le métier, soit dans le trafic de tord-boyau qui l'aidait à accomplir sa destinée dans l'hadès. Et il buvait du tord-boyau avec chacun d'eux, lubrifiant ainsi ce chemin pavé de bonnes intentions appliquées autant au bureau qu'en cassant des nez et des genoux dans les ruelles sombres et les sous-sols de bars. Tous ses amis inclus au système étaient des descendants de familles régnantes de New Babylon. Aussi commun que soit le nom désormais, c'était un sobriquet inventé du temps où le Caïd et sa clique inondaient encore la ville et ses environs de leur merde et du sang des uns et des autres. Ca, c'était pour la New York des profondeurs. Abyssales, comme vous vous en doutez. Aussi profonde que peut l'être le ventre éclaté de ce pays. Mais l'élite d'Amérika, les barons de ce régime fasciste, connaissaient tout autre chose que le fond. Toucher le fond, c'était pour les communs. Le Caïd avait compris ça et fiché le camp. Comme il avait été le premier, un tas de monde l'avait suivi. Il avait mis en l'air le vieux Magnus, et pour ça, son petit monde l'adorait. Si le negro faisait la fiesta avec les petits, les barons voleurs atteignaient des sommets. Chaque jeudi soir et chaque fois que ça chantait à ces messieurs-dames, le Ciel affichait complet. Les cent et quelques clients de soirée qui venaient claquer une ou deux fois par an leur salaire et celui de leur mère pour oublier qu'ils n'étaient personne devaient alors fiche le camp, pour laisser place au sel de la Terre. L'élite urbaine se divisait en plusieurs baronnies et quelques royaumes situés à la frange des terres féodales du Président. Daken Akihiro, Claudine Sinistre, Heinz Zemo, Curt Connors, Andreas Strucker, Matt lui-même ainsi que ses parents, sa soeur et son beau-frère, ainsi que divers autres... Et cette garce d'Emma Frost, qui venait parfois au bras de son Fatalis plein d'huile industrielle. Telle était l'élite distinguée qui se donnait rendez-vous pour se rappeler leur supériorité sur le monde autour, un peu plus bas, et pas mal plus à l'Ouest aussi. Ce bal des faux-jetons avait lieu dans la boîte Le Ciel, un restaurant-bar-lounge qui avait été fondé par le multimillionnaire Warren Worthington III, Mutant de notoriété publique, avait su se renouveler et continuer d'avoir lieu des années après la cavale de son ancien seigneur et maître. Aujourd'hui, un pion était devenu responsable des lieux. Un pion... Comme ce Jones.

Si Schmidt n'était pas le plus grand fan de ceux qu'il avait été amené à appeler ses amis, plus par convention sociale que par un réel lien d'affection, on ne pouvait pas dire qu'il était sans apprécier les hommes comme Stein. Sobre, efficace, travailleur, et flanqué d'une inaptitude congénitale à flatter autrui dans un intérêt douteux ; particulièrement, un homme sans rien d'enviable et incapable de vous rendre jaloux de lui, conscient de ne pas être l'égal de l'EyeCross mais sans manières d'aucune sorte. Quant à Jones, qu'il avait en face de lui, il était tout ce qu'il ne pouvait accepter de supporter. Obséquieux, hypocrite et sans cesse dans l'expectative d'un moment pour s'abaisser au profit de celui avec qui il traitait, fut-il de rang supérieur. En gros, un grand type brun avec un sourire Colgate qui fait des façons pour tout, en particulier pour cirer des pompes. Au premier instant, il le trouve parfaitement détestable, et le juge incompétent sans autre forme de procès. C'est un imbécile. Et il ne serait pas sans améliorer le sentiment de Schmidt de voir prochainement passer un mémo sur le décès prématuré de cet agent de seconde zone. Un tel embrouilleur ne saurait être toléré dans l'enceinte de l'OEil Public, si ce n'est pour opérer en tant que commercial du produit. Matt marmonne en regardant l'autre s'asseoir en rechignant. Et de lui servir des Monsieur, et des Quel honneur. Ce n'est qu'un verbiage insignifiant qui camoufle avec une inefficacité navrante l'absence de résultats.

"Où est Stein, et pourquoi ne m'a-t-on pas brieffé avec lui ?"

L'autre affecte un air légèrement blessé, avant de froncer les sourcils en un signe de virile confidence :

"On dit qu'il a eu des difficultés pour avoir maille à partir dans une affaire concernant une maison close clandestine."

"Eh bien, rétorqua Schmidt, voyons voir si vous avez pu récupérer ses fiches le temps de son séjour temporaire en interrogation."

Le fils du Président nota pour lui-même d'aller faire libérer ce charmant empoté de Stein. Cet obscur fonctionnaire aux moeurs finalement pas si familiales était un maillon indispensable de la sécurité nationale. Surtout, il était une des seules raisons de Schmidt pour accepter de travailler avec les autres agences d'état. Si le petit gros homme blond arrêtait de l'arroser de références picturales, Matt perdrait son assise dans près d'un travail important de repérage sur dix ou douze, ce qui signifiait qu'il aurait trop honte de ses résultats pour accepter de prendre le risque.

"Monsieur Schmidt, vous devez comprendre que je n'ai cet honneur que parce que Stein est... Indisposé, ainsi voyez-vous je n'étais que l'assistant de... "

"Stop. Donnez-moi des résultats. Je ne suis pas le secrétaire de votre supérieur. Je suis un collaborateur qui demande des réponses pour faire avancer une enquête importante. Et si vous avez conscience de mon rang, vous feriez mieux d'arrêter votre numéro de singe savant. Vous ne savez rien, dites-le moi. J'irai chercher par moi-même quelqu'un capable de répondre à mes questions."

Le silence pesant qui tomba dans le bureau fit comprendre à chacun qu'ils n'avaient plus rien à se dire. Schmidt quitta le bureau, descendit les escaliers quatre à quatre, et reprit possession de son véhicule sans passer par le service de voituriers.



Dernière édition par Matthaüs Schmidt le Mar 10 Nov - 16:25, édité 1 fois

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20h36

Engoncé dans le siège conducteur de sa traction rouge, il ne pouvait s'empêcher de grommeler. Les suites de mots parfaitement incompréhensibles qu'il émettait ressemblaient plus à des grognements animaux. La buée se répandait sur le pare-brise à mesure qu'il mêlait des insultes et des soliloques en allemand, en anglais et en russe. Dans le rétroviseur, son crâne rouge sang décharné semblait flou aux contours, comme s'il brûlait à l'intérieur. Ses doigts puissants serraient le volant avec rage et nervosité. Matt n'appréciait pas que l'on se moque de lui. Et placer un imbécile pareil au seul poste qui lui importait au sein du HAMMER, c'était plus qu'irritant. C'était un crime contre la sûreté nationale. Le jeune homme au visage monstrueux était sûr de pouvoir trouver un greffier prêt à coucher sur papier un tel chef de condamnation. Il serait presque moins facile de retrouver qui était responsable de la promotion du bonhomme. Ce Jones était agaçant et incompétent. Deux excellentes raisons pour qu'il tombe en emportant avec lui tous ceux qui l'avaient recommandé. Imbéciles. Si c'est cela, le département de la propagande, l'OEil Public y réfléchira à deux fois avant de protéger ses têtes pensantes. Malgré le trafic difficile, il ne parvenait qu'à tourner en rond dans son esprit. Il était incapable d'avancer seul dans son enquête, du moins pas en étant contraint aux limites d'une voiture du siècle passé, fût-elle sa préférée, pour aller devoir faire libérer un imbécile incapable d'être discret dans ses affaires de proxénétisme. Malheureusement, cette andouille-là était celle qui devait avoir en toute légitimité le poste que Jones usurpait par quelque erreur administrative. L'agent Stein, détenu dans les geôles de la Police de la Pensée, était celui qu'il fallait libérer. Et l'autre, il valait mieux l'enfermer. Ou pire, songea Schmidt, le recruter pour vendre le nouveau pack de l'OEil Public. Mais il refuserait de s'y resoudre. Cet autre type l'avait beaucoup trop énervé. Et il n'était pas venu, le moment de le récompenser pour sa stupidité. C'était Stein, qui recevait son dû pour le moment.

En traversant Times Square, code:EyeCross se surprit à regarder autour de lui, s'arrêtant à peine de fulminer. A travers la buée à l'intérieur du véhicule, derrière les vitres teintées, il parvenait à distinguer les écrans géants de publicité privée et publique. Sur l'un des moniteurs, un énorme oeil bleu enfoncé dans une orbite rouge vif semblait renvoyer son propre regard, au sein d'une annonce sur le nouveau pack de l'OEil Public. Suite à la prise de pouvoir du Caïd sur le royaume de Magnéto et l'exode de la pègre New-Yorkaise, le territoire couvert par le réseau de surveillance ne faisait qu'augmenter, comme les tarifs exorbitants desquels le service dépendait. Puis, le brutal passage au bleu acier, après un zoom sur l'oeil de Matt à l'écran, laissa un autre écran attirer son attention. Le Honesty Card Web exhibait ses couleurs crues pour quiconque était assez bien lotti pour porter un hideux implant du cyberlien. La télé vantait les mérites du système de recensement des visites et achats de tout porteur du lien éthernet hors de prix. On y voyait un jeune homme bien habillé, avec un épi dans les cheveux, fier d'être entré dans un salon de thé bien coté, l'un de ceux qui vendaient le plus d'alcools ; tandis que dans la rue, à côté du gamin, dans l'écran, un gentleman apparemment bien sous tous rapports discutait avec quelqu'un, dont on reconnaissait l'ombre, celle d'une prostituée. Inspirer la fierté en suggérantla honte, était l'un des moyens les plus efficaces ces dernières années pour nettoyer la ville du vice et de la vermine. Une étude de marché avait prouvé que cela fonctionnerait encore six mois, avant de relancer une nouvelle période de surexposition des forces de l'ordre. La circulation était toujours aussi imbuvable, et Matt commençait à s'impatienter quand une nouvelle publicité Stark-Fujikawa attira son attention. Ils annonçaient la toute prochaine Foire aux Monstres au Péage de Dwight, et il se demanda quels modèles allaient être écrabouillés. Lorsqu'il parvint à se rappeler quelle voiture avait eu Bob, il se dit que ce petit bijou allait bientôt avoir droit au traitement de faveur des voitures en bon état : être repeinte, peut-être même customisée, et qui sait, conduite sur un circuit pour voitures de ville sportives et allurées. Il prendrait sans doute une journée ou deux de congé à cette période pour visionner les meilleurs morceaux de la Foire dans son bureau de fonctions. En attendant, il était bel et bien coincé dans un trafic escargot, et sa rêverie ne l'en avait sorti que pour quelques minutes. Il maudit Jones et ses supérieurs, et tout le HAMMER réuni avec leur maudite Asgard et la Police de la Pensée, qui était à la botte de l'archevêque, pour toutes ces tracasseries et le fait qu'il ne devrait pas avoir à se résoudre à poser un moteur de voiture volante sur sa traction importée d'Europe. Il ne s'y était jamais résigné, malgré l'équipement encore bon en la matière au sein du SHIELD équipé par Stark-Fujikawa et Alchemax, Made in Doom's Lair . Mais l'héliporteur croulant de D.C. ne le mettait pas en confiance quant à la technologie du XXème siècle et ses composants parfois irremplaçables. Il préférait de loin garder sa vieille voiture de collection, reçue pour l'un de ses anniversaires. Si il avait évidemment une carte Honesty, il était bien sûr hors de question qu'il se fasse en plus implanter une cochonnerie comme le cyberlien sur la boîte crânienne. Il demanderait d'ailleurs sûrement aux cyberpathes séquestrés sous la Tour de lui chercher un acheteur de traction Citroën sur le réseau Honesty du Cyberlien. Si il faisait ensuite trouver un squelette dans le placard de l'heureux propriétaire, il pourrait peut-être faire tester la greffe d'un moteur jetpack sur la traction orpheline. Il était d'humeur pour la torture et l'expérimentation. Ce qui le rapprochait de l'état d'esprit qu'avait en permanence son ami le Dr Sinistre-Akihiro. Il fallait vraiment qu'ils se voient. Il était d'humeur à tuer. Un partenaire amical dans ces cas-là permet toujours de s'amuser davantage en se défoulant. Et tant pis pour les bodybags.

Lorsqu'il parvint enfin chez Alchemax, il salua leur standardiste virtuelle, puis envoya un code aux gens du bureau Thor. Ceux-ci enverraient des voix ou une apparition aux Punisseurs, et l'un d'entre eux finirait par le croire digne de porter le fardeau. Il l'amènerait alors dans les caves supporter l'horreur d'une interrogation musclée. La seule torture mentale dans le cas de Schmidt serait de ne pas pouvoir intervenir. Il serait fort frustré de ne pas pouvoir s'amuser avec le suspect, même si c'était Stein et qu'il avait besoin de lui. Aussi, il demanda à être considéré non-digne d'assister au sacrifice de l'impur. Etre détesté par les Punisseurs n'était pas un problème pour lui. Leur supérieur hiérarchique, en-dehors d'un dieu qui n'existe pas créé artificiellement par des synthétiseurs vocaux et holographiques Alchemax, n'était autre que le beau-frère de Matt ; il pouvait composer avec. Disons que cela lui laissait une marge de maneuvre, maintenant et après. Il n'eut à attendre qu'une quinzaine de minutes dans un canapé en plastique qui s'adapte à votre morphologie. Il lisait machinalement un journal officiel dont il savait déjà toutes les informations depuis près d'une quinzaine, quand un flic illuminé vint le quérir. Grand, roux avec des tâches de rousseur, il avait un anneau à l'oreille gravé en runes incompréhensibles. Son cou de taureau était couvert par le fameux uniforme du Corps des Punisseurs : cuir clouté sombre, épais, couvrant, et marqué d'un large os crânien blanc cassé en tissu cousu sur le manteau. Il était aussi aimable qu'une porte de prison, et aussi méprisant qu'il était croyant. Ces mystiques suréquipés faisaient sourire le Crâne Rouge Jr, lui qui savait qu'ils n'étaient que des hommes manipulés parmi tant d'autres. Celui-ci ne faisait pas exception à la règle, et ne fit que le conduire là où il avait demandé d'aller ; à ce détail près qu'il le faisait avec un sentiment de supériorité et de dédain tout à fait manifestes. Si Matt n'avait pas l'habitude de cela, il n'en fit rien sentir. Bien qu'il soit à des lieues d'apprécier le traitement, un peu de résistance même totalement ignorante laissait une petite distance entre lui et sa colère, ce qui le reposa un moment. Lorsqu'on lui refusa l'entrée dans la cellule de torture comme il avait demandé qu'on le fasse, il fit mine d'être déçu et offensé. Il entendait les petits cris vils émis par son collaborateur de longue date, et ne put retenir un sourire que parce que sa tête de mort était assez inexpressive. Le rouquin à la boucle d'oreille revint un instant plus tard, le visage comme congestionné.

"On vient seulement de commencer son procès. Cela peut prendre quelques heures. Si vous êtes prêt à attendre, quelqu'un vous amènera un siège."

Matt sortit violemment un morceau de cigare pour le porter à sa bouche. L'autre eut un mouvement de recul, puis se reprit en prenant un air menaçant.

"Il est interdit de fumer."

Il pensa lui répondre qu'il ne faisait que mâchonner, et ce parce qu'il était plus que furieux qu'on le mette en attente comme cela, mais il se contenta d'enfoncer ses molaires dans le barreau de chaise et de compter jusqu'à dix en fermant les yeux. Il prit une bouffée d'air chaud et puant avant de répliquer d'un trait :

"C'est bon. Je m'en allais. Rappelez-moi, ou ma secrétaire, quand ce sera fini. Je me barre. Salut gros ananas de mes deux."

L'autre ne savait même pas ce qu'était un ananas, et s'il avait compris l'insulte stupide proférée à son égard, il n'aurait pas plus bougé qu'il ne l'avait fait. La face rougeaude, il regarda en soufflant Matt qui tournait les talons et s'apprêtait à tracer la route. Il se retint même de prononcer des jurons, en suppliant intérieurement son dieu de les avoir ne serait-ce que pensés. Quant à Matthäus Schmidt, rien ne pouvait lui déplaire autant que de prendre une énième fois le volant de sa traction rouge en ayant perdu de son temps. Il fut néanmoins de retour à la Tour de Garde en moins d'une demi-heure, ce qui acheva de le mettre en retard ; comme c'était quasiment un record, il ne pouvait pas s'en plaindre. Il remercia plutôt le Ciel que l'établissement du même nom se trouve au dernier étage du même building où étaient établis les bureaux de l'OEil. Il avait sué aux aisselles, et son pantalon l'irritait entre les cuisses. Il n'eut qu'à faire un arrêt par sa suite personnelle située un étage en-dessous son bureau et les changer pour des vêtements propres mais identiques.

Matt était vêtu d'une chemisette en flanelle beige clair, avec une cravate en soie vert bouteille. Sa veste de costume bleu lagon reprenait la couleur qui cerclait ses yeux. Un pantalon du même ensemble en lin descendait par-dessus ses fines chaussettes en laine beige, et des chaussures lacées en cuir brun-jaune finissait le tout. Il portait par-dessous une gourmette en or carats gravée à son prénom et un médaillon marqué sur une face de la croix gammée et sur l'autre, d'un aigle stylisé très semblable à l'insigne du SHIELD. Il avait une montre plaqué or au bracelet composé d'épaisses lamelles reliées entre elles. Il prit le temps de se brosser les dents, de se polir le crâne et, avant la courte douche qu'il avait prise à peine arrivé, de soulever un peu de fonte dans la petite salle vitrée attenante. Une femme de ménage arrivait déjà pour nettoyer ses quartiers lorsqu'il pénétrait l'ascenseur d'un air suffisant. Cette mine, il se la composait chaque fois qu'il devait rencontrer ses pairs, que ce soit au Ciel ou lors d'une cérémonie quelconque. Cela faisait des années qu'il le perfectionnait, et le fait que ces individus lui soient en tout point inférieurs ne lui permettait pas de se relâcher sur ce détail. Il devait avoir l'air plus prétentieux et désintéressé que chacun d'entre eux réunis, et ce n'était pas chose évidente vu leur incroyable démesure égoïste et mégalomaniaque. Matt n'avait que faire de tout cela, aussi, ajusta-t-il le réglage de son bracelet de montre. Il savait qu'eux avaient besoin de faire clinquer le leur pour que l'on remarque leurs effets hors de prix. S'il fallait leur faire croire que c'était pour lui chose ordinaire, il devait être attentif à chaque petite attention humiliante. Et il le fallait, puisque c'était non seulement ordinaire, mais surtout de peu d'intérêt pour lui-même et ses parents.

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